salomon-sellam

Naissance

Je suis né le 28 décembre 1955, à Ghardaïa en Algérie, lorsque l’Algérie était française. Je suis le sixième enfant d’une fratrie qui en compte neuf, cinq garçons et quatre filles. Notre famille d’origine juive pratiquante était dirigée par Isaac notre père et par Fortunée-Messaouda notre mère.

 

Mon père fut abandonné à l’âge de deux ans et demi par ses parents et fut recueilli par son grand-père paternel, le Grand Rabin Moïse SELLAM. Sa mère refit sa vie et fonda une autre famille à Ghardaïa et son père fit de même mais en Israël.

 

Mon père fut tour à tour apprenti teinturier dès l’âge de sept ans, apprenti cordonnier vers l’adolescence et apprenti puis professionnel buveur d’anisette ensuite. Son grand-père arrangea son mariage avec la dernière fille d’un commerçant important de la ville, mon grand-père maternel. Le mariage eu lieu à Ghardaïa en juin 1943. Mon père avait vingt-et-un ans et ma mère n’avait que quatorze ans.

 

Au niveau professionnel, mon père possédait un bar et ma mère distribuait les boissons dans le quartier juif de la ville et s’occupait de ses nombreux enfants.

 

Juillet 1962, départ d’Algérie

Départ en France juste avant l’indépendance de l’Algérie. Nous fûmes l’une des dernières familles juives de Ghardaïa à partir. Arrivée à Montreuil sous Bois en région parisienne, 93/Seine Saint Denis et vie à dix personnes dans trois pièces en tout, cuisine et salle à manger comprises.

 

Inutile de raconter le changement radical de vie pour mes parents. A cette époque le mot survie prenait toute sa signification. Comment nourrir et élever huit enfants avec un salaire des plus bas de l’échelle professionnelle ? Toujours est-il que nous ne nous doutions pas exactement du degré de sacrifice de nos parents pendant ces longues années de l’enfance et de l’adolescence.

 

Juillet 1965, déménagement à La Courneuve, toujours dans le 93, dans une HLM de la cité des 4000 logements, Rue Claude Debussy. Le bâtiment de mon enfance fut le premier à être détruit par implosion dans les années 80. Entre temps, en 1972, mes parents avaient acheté un pavillon situé à 100 mètres à vol d’oiseau de la HLM. Du jardin, nous pouvions voir notre ancien logement.

 

Les années post-68 furent décisives pour moi car tout un monde s’ouvrait devant moi. D’un côté, la tradition très imprégné de religion et, de l’autre, je découvrais la musique, la liberté, etc. Ce fut les premières plus belles années de ma vie. Au collège SCHAFFER 70-71 et surtout au lycée Henri WALLON d’Aubervilliers 71-74, je fis la connaissance avec les amis qui allaient le rester pour toujours. Nous formions une bande très active dans de nombreux domaines : organisation de manifestation ou de concours de belotte et de poker, joutes musicales entre guitaristes en herbes et booms régulières le samedi après-midi dans le garage d’un collègue ou dans un appartement délaissé momentanément par des parents très confiants.

 

Aujourd’hui encore, je revois certains d’entre eux avec le plus grand plaisir et ils aiment aussi venir dans le Sud passer quelques jours, voire quelques semaines.

 

En résumé et selon mes ressentis, je qualifierai mon enfance d’heureuse.