Cette trouvaille clinique s’est progressivement hissée au rang de véritable découverte car cette entité clinique est actuellement utilisée par de très nombreux thérapeutes. Au départ, il s’agissait d’un simple article de trois pages, écrit en 2001 et publié en septembre de cette même année dans mon second livre Enquêtes psychosomatiques. A cette époque précise, avril-mai 2001, j’ai simplement fait le rapprochement entre certains signes cliniques plutôt psychologiques et le thème général des décès dans les clans familiaux. Cette période de découverte n’est certainement pas liée au pur hasard. En effet, après plusieurs années d’étude de mon propre arbre généalogique, j’ai enfin découvert les origines possibles de cette dépression masquée et compensée, que je traînais depuis toujours, malgré un sourire de façade.

Tout d’abord, en avril-mai 1959 et selon le roman familial confirmé par ma mère et ma sœur aînée, je fus à l’origine d’une fausse-couche problématique de ma mère alors qu’elle était enceinte d’un petit garçon à quatre mois et demi de grossesse.

Ensuite, je possède la mémoire d’une dizaine de décès injustifiés/injustifiables survenus bien avant ma conception, notamment un bébé décédé à six mois et deux petites filles décédées à l’âge de trois ans, sans oublier un oncle maternel décédé à l’âge de quarante-six ans.

Au niveau des sources, je n’avais jamais entendu parler de ce thème avant la lecture de deux livres. Le premier concerne le livre-culte de la psychogénéalogie Aïe, mes aïeux de Anne Ancelin-Schutzenberger, 1985. Y était également mentionné un autre livre L’écorce et le noyau de Nicolas Abraham et Maria Torök, 1979. Dans ce dernier, était abordé le thème de la crypte et du Fantôme. De plus, mes récentes recherches m’ont amené à confirmer le rôle prépondérant de ces deux derniers auteurs dans le domaine des mémoires familiales, notamment des drames familiaux centrés autour des secrets, des choses dont on a honte, des épisodes inavoués et inavouables. Parmi tous ces sujets possibles, celui des décès dans le clan occupait également une place précise. D’ailleurs, le premier article de Maria Torök concernant ce sujet date de 1968.

S’il en a un, le mérite du Syndrome du Gisant a été de mettre en évidence et de manière très précise la gestion inconsciente des décès injustifiés et injustifiables, résumée par quatre propositions :

1. Il manque quelqu’un parti trop prématurément et il faut absolument le remplacer par quelqu’un d’autre, soit tout de suite avec un Gisant horizontal, soit à la prochaine ou aux prochaines générations avec un Gisant vertical.
2. Le Gisant, qu’il soit horizontal ou vertical, pourra présenter un certain nombre de symptômes, tous en lien avec le décès injustifié/injustifiable marquant le clan en entier.
3. Nous sommes tous Gisants mais à diverses proportions : d’un pourcentage très faible sans grandes conséquences particulières à un pourcentage très fort dans certaines maladies comme la sclérose en plaques.
4. La thérapeutique consiste à mettre en évidence le Syndrome et à accompagner le patient dans un chemin de deuil bloqué familial. Quelquefois, les résultats cliniques s’avéraient spectaculaires avec de profonds changements tant au niveau physique que psychique.

Tous les signes cliniques du Syndrome du Gisant ont été mis en évidence grâce à la clinique, confirmés par de nombreux thérapeutes formés ou non. Certains praticiens l’utilisent quotidiennement après avoir lu et étudié le livre de référence. Son succès éditorial confirme sa portée universelle et je suis très fier d’avoir écrit ce livre.

La première édition a été très vite épuisée et la seconde édition a été enrichie de plusieurs autres découvertes cliniques, comme la Roue de Secours, Gisant d’une fausse-couche ou d’un avortement, par exemple, et surtout, l’internationalité du phénomène. Quelques cas de Suisse, d’Italie, de Belgique, du Canada, des Etats Unis et d’Espagne confirmaient l’universalité du Syndrome du Gisant. Il appartient donc à notre Inconscient collectif.

Malgré plusieurs sollicitations, je n’ai jamais voulu réécrire le livre de référence car il a été écrit de manière naturelle, voire inspirée, comme si je connaissais déjà son contenu, sans le savoir consciemment. Il m’est plusieurs fois arrivé de m’étonner d’avoir écrit telle ou telle phrase comme si mon inconscient me les dictait tout simplement. Malheureusement, mon inconscient n’a pas daigné se manifester de la sorte pour tous les autres livres…

Enfin, le Syndrome du Gisant a hissé l’analyse de l’état civil de l’individu ─ nom, prénoms, date de naissance, de conception et de décès ─ à un niveau très élevé en psychogénéalogie… qui m’a très vite permis de découvrir la Psychologie Transgénérationnelle.